Aux débuts d’une collaboration

Charles Eames, architecte doté de solides compétences techniques, et Ray Eames, artiste attentive à la couleur, à la composition et à la forme, se rencontrent en 1940 à la Cranbrook Academy of Art, dans le Michigan. Ils se marient l’année suivante. En 1947, ils ouvrent leur bureau au 901 Washington Boulevard, à Venice, en Californie. Celui-ci reste en activité jusqu’en 1988.

Leur pratique ne se limite pas à une seule discipline. Avec leur équipe, ils réalisent des commandes et des projets expérimentaux qui vont du mobilier et des intérieurs aux films et aux expositions. Leurs premières productions comprennent notamment des objets conçus pour l’armée américaine. Cette diversité de travaux donne à leur collaboration un caractère transversal : les questions de forme, de fabrication et de communication se retrouvent dans des projets de natures différentes.

Concevoir des meubles pour le quotidien

Les recherches sur les matériaux et les procédés de fabrication sont au cœur du mobilier des Eames. Ils commencent par explorer le contreplaqué, en cherchant à lui faire prendre des formes complexes. À la fin des années 1940, ils expérimentent aussi le plastique et créent des chaises en fibre de verre, bientôt présentes dans des logements et des espaces publics.

Leur apport ne tient pas seulement à l’emploi de matériaux nouveaux. La conception combine la forme de l’objet, son usage et les exigences de sa production. Les Eames travaillent sur leurs meubles avec l’entreprise Herman Miller, parfois pendant plusieurs années, en prêtant attention à l’ensemble du processus, de la mise au point à la présentation des produits.

Parmi leurs créations figurent plusieurs modèles devenus des repères du mobilier du XXe siècle :

  • Lounge Chair (1956), fauteuil à coque rembourrée ;
  • Aluminium Group (1958), mobilier utilisant une structure en aluminium ;
  • Wire Chairs, sièges à coque en treillis métallique.

Leurs recherches sur le moulage en trois dimensions du bois laminé, les coques d’assise en plastique et les sièges en treillis montrent comment une même démarche pouvait associer expérimentations techniques et exigences d’usage. Le mobilier était aussi pensé comme un objet sculptural : sa forme visuelle faisait partie intégrante de sa conception, au même titre que sa fonction.

L’habitat comme espace de vie et de travail

L’architecture prolonge cette attention aux usages. La maison de Charles et Ray Eames, connue sous le nom de Case Study House No. 8, est construite en 1949 dans le cadre du programme Case Study Houses, qui cherchait à explorer de nouvelles formes de construction et d’habitat. Sa structure associe acier et verre et illustre une utilisation économe des ressources ainsi qu’une organisation flexible de l’espace.

La maison ne sépare pas strictement la vie privée de l’activité professionnelle. Les Eames y photographient leurs créations, tournent des films et reçoivent des invités. Mobilier industriel, objets artisanaux et œuvres d’art cohabitent dans des intérieurs composés avec soin. La maison offre ainsi un exemple concret de leur manière d’aborder l’habitat : non comme une structure isolée, mais comme un cadre adaptable où se mêlent activités, objets et formes de vie.

Des objets aux films et aux expositions

À partir de la fin des années 1950, Charles et Ray Eames consacrent une part croissante de leur travail aux expositions, aux films et aux installations multimédias. Leurs projets associent images et sons dans des dispositifs conçus pour être vus à grande échelle.

  • Glimpses of the USA (1959) est projeté simultanément sur sept grands écrans lors de l’Exposition nationale américaine à Moscou.
  • Think (1964), un spectacle de diapositives sur 22 écrans, est présenté dans le pavillon IBM conçu par les Eames en collaboration avec Eero Saarinen pour l’Exposition universelle de New York.
  • A Computer Perspective (1971) retrace l’histoire de l’ordinateur et envisage les transformations liées à la numérisation.

Ces projets élargissent le champ du design : il ne s’agit plus seulement de façonner un meuble ou un bâtiment, mais aussi d’organiser la circulation de l’information et l’expérience visuelle d’un public. Les Eames réalisent également plus de cent films, un ensemble qui témoigne de la place du cinéma dans leur travail de communication.

Un héritage entre technique, forme et culture

L’œuvre des Eames rassemble mobilier, architecture, films, livres, expositions, imprimés et projets multimédias. La diversité des formats éclaire la continuité de leurs préoccupations : explorer les possibilités des matériaux, concevoir des objets et des espaces adaptés à leurs usages, et rendre des idées accessibles par des formes visuelles.

Leur travail invite à considérer le design comme une pratique qui relie fabrication, confort et communication, plutôt que comme une activité limitée à l’apparence des objets. Cette approche contribue à expliquer pourquoi leurs créations restent présentes dans les discussions sur le mobilier et l’habitat modernes. Elle montre également que l’innovation peut résider autant dans l’organisation d’un espace ou d’une présentation que dans la mise au point d’un produit.

La fiche en bref

Portée

Lecture éditoriale ; ne constitue ni une visite ni une évaluation technique.

Sources et références

Charles & Ray Eames. The Power of Design ↗21/10/2026 Vitra Design Museum, Charles & Ray Eames. The Power of Design.

An Eames Celebration ↗23/10/2026 Vitra Design Museum, An Eames Celebration.

Charles & Ray Eames ↗23/10/2026 Vitra Design Museum, Charles & Ray Eames.